Ecrire rend libre

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Cette histoire me fait songer à une dame qui promène son chien près de chez moi. Je veux parler d'un de ces êtres exquis dont le plaisir est de faire se soulager leur animal domestique devant la porte de leurs voisins. Cette dame, comptable à la retraite, bonne catholique, me racontait son voyage organisé en Inde. "C'est beau l'Inde" me dit elle avec une parfaite modestie. "Enfin ce n'est pas mal, car, n'est ce pas, il y a les pauvres, des tas de pauvres". Et d'ajouter dans un soupir: "d'ailleurs, je suis sûr qu'ils font exprès de nous les montrer,les pauvres, pour nous gacher le voyage".
La vie est pleine aujourd'hui de gens sensibles dans ce goût. Assassins suicidaires amasseurs de biens matériels, amis fanatiques de la Mort bien décidés à ne jamais rien comprendre et à vous emporter dans leur mort, Bombes humaines vivantes comme autant de mines anti personelles, abrutis anaphylactiques d'un égoisme furieux, et qui vous tueraient sans ciller pour préserver intacte la sphère de certitudes dans laquelle ils évoluent, un rien leur gâche le voyage.
Je crois que l'on s'étonne des meurtres, viols, drames familiaux atroces qui éclosent ici où là dans ce qui était il y a encore quelques années un univers social. A l'heure où l'on se vante d'élèver des cerveaux de rat pour les greffer sur des robots (effrayant) je pose une question: le petit bourgeois a-t-il encore une vie mentale ?





