Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 13:38

 

 

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Il m’est revenu le désir de publier un peu sur ce blog. Aussi j’interromps temporairement ma série sur les lettrés «experts de l’être», et leur supériorité dessus la gente affairée des soi-disant «scientifiques» - laissez moi rire. Pour l’instant j’ai envie de reprendre une peinture impressionniste de mon quotidien dans des publications plus légères. Je me souviens que très jeune, j’avais à peine 20 ans, j’‘étais souvent raillé par mes camarades de Khâgne qui me surprenaient «racontant» ma vie sous une forme narrative. Ils se moquaient avec alacrité « Ah Parichot, sa vie, son oeuvre». Et de rire. Je sais aujourd’hui que c’est moi qui avait raison. Nul n’existe qu’à la mesure de sa capacité à produire la narration de sa propre vie. Quelle qu’elle soit, pourvu qu’elle soit sienne. Aujourd’hui que  même Facebook se propose de raconter votre vie, à votre place ! (c’est ni plus ni moins une tentative de Viol...) aujourd’hui que mes anciens camarades s’enfoncent, comme dans un fauteuil, dans leur existence en une dimension, à demi décervelés par la télé, amolllis par des réussites qui n’en sont pas et qui ne leur survivront pas dix minutes, ayant vécu comme on dort, à la recherche d’une Mort qui les fascine, et ne manquera pas de les rejoindre, je persiste à raconter ma vie. N’en déplaise.

 

 

Ici il faut tuer ou être tué

 

Ici il faut tuer ou être tué. J’en étais là du jeu vidéo quand j’abandonnai la partie. C’était pourtant la première minute. Et je me dis face à cette alternative qui finit mal (à tant faire que de la supporter j’aurais préféré qu’elle fût rédigée dans l’autre sens) que mon blog, tout épisodique qu’il soit, c’était tout le contraire: ici vous n’avez ni à tuer, ni à vous tuer. Vous avez tout bonnement à lire et à respirer. C’est certes moins fascinant. Et je ferai sans doute un petit peu moins d’argent que les concepteurs de Battlefield 3. Mais j’ai aussi une vraie chance de ne pas vous prendre pour de complets crétins.

 

Crétins

 

Crétins. Le mot est lâché. D’aucuns trouveront sans doute que j’emploie un peu beaucoup ce substantif masculin. Il voit des crétins partout. Et de l’imputer à ma vanité toute particulière de «blogueur» dilettante. J’en rajoute pourtant ce matin au moment des infos du jour que j’écoute en écrivant ces lignes: Je considère par exemple Valéry Giscard d’Estaing comme une sinistre banane (il vient de commettre un nouveau roman des plus ridicules qui en dit long sur l’état de déliquescence avancé de sa substance grisâtre, manifestement moins érectile que ses corps caverneux), pour de nombreuses raisons qui justifieront un jour un «César du grand Con» à l’unanimité de la Postérité. Par exemple un parc à thème des plus stupides est de son cru. Mais je pense ici plus particulièrement à la phrase que cette céleste andouille affirma doctement au moment de l’entrée de la Grèce dans l’Europe: «On ne fait pas jouer Platon en deuxième division». Les connaisseurs de Philosophie Antique en sont restés la bouche en cul de poule... mais moins que les amateurs de ballon rond qui cherchent encore qui est ce redoutable avant-centre qui n’apparait dans aucune équipe connue. Quant aux économistes...

 

 Je vois de fait des crétins partout; c’est une affaire entendue. 

 

Je ne m’en sens pas plus intelligent pour autant. Je citerai juste pour illustration de mon  propos cette phrase de Guy Debord, (dont on ne recommandera jamais assez sa "Société du spectacle" et le commentaire qu'il en fit) de loin le meilleur commentateur politique de notre époque, extraite de Panégyrique, publié en 1989 (Editions Gerard LEBOVICI page 20): «L’immense accroissement des moyens de la domination moderne a tant marqué le style de ses énoncés que, si la compréhension du cheminement des sombres raisonnements du pouvoir fut longtemps un privilège des gens réellement intelligents, elle est devenue maintenant par force familière aux plus endormis». J’ai déchiffré rapidement dans mon post précédent l’étonnante personnalité du Ministre Woerth, son ambiguité fallacieuse de martyr postiche. Dans un autre style, tout le monde sait que les Banques, et en particulier la sinistre Goldman Sachs, sont des repaires de gredins sournois, des canailles innommables à accrocher au premier réverbère. Le moins vif des brigadiers d’Agatha Christie, le plus modeste gardien de prison de la plus humble des geôles mentales, le plus abruti des fouetteurs d’esclaves, pendu aux tensions irrépréssibles de sa verge raide, aux irritations putrides de son gros gland baveux, aux rênes da la plus misérable des BRP (Brigades de Répression du Bonheur), le sait. Le vrai drame est que presque personne ne fait rien. 

 

Ce que mes lecteurs et lectrices doivent bien comprendre c’est qu’il y a loin du Pouvoir au Savoir. Le Pouvoir est un acte de force qui ne demande pas particulièrement de compétences et qui en tient parfois lieu. Ce qui explique qu’il peut y avoir facilement de lourds crétins au Pouvoir. Et que l’on s’illusionne toujours trop sur ceux qui sont censés dominer. Nos amis italiens ne viennent-ils pas de nommer comme secrétaire d’Etat à l’Agro-Alimentaire un ingénieur en génie Civil spécialisé dans les bâtiments anti-sismiques ? (ce n’est pas une blague). Il est vrai que la veille ils avaient envoyé par mail la même nomination à un brave professeur canadien qui n’était au courant de rien et avait appris avec stupeur sa promotion dans le journal...

 

Le rêve est une autre vie, la vie est un autre rêve

 

Non, ni tuer, ni être tué. La vie se chargera bien en son temps de nous faire mourir sans qu’il soit nécessaire de nous mettre sous pression artificiellement au nom de je ne sais quelle optimisation de je ne sais quelle folie. Pourtant cet exemple du jeu video est symptomatique de notre époque et surtout d’une manière de ne pas vouloir être soi, de ne pas vouloir sentir sa propre vie. Et j’observe qu’il y a de plus en plus d’ahuris et d’ahuries qui fonctionnent dans cette alternative. C’est qu’aux anciennes formes de Guerre a succédé la Guerre de tous contre tous. Cette Guerre qui excite si souverainement ces nouveaux fous motorisés qui hantent nos villes et dont les «dominateurs» ont trop bien réussi à convaincre «les dominés». Il faut avoir vu des adolescents s’exciter sur leurs manettes... les adolescentes s’évertuer sur leurs souris... et les petits doigts s’agiter frénétiquement sur les téléphones portables... pour comprendre que quelque chose est en train d’avoir lieu dans le domaine de la Haine de soi et du réel. Haine très organisée et très partagée qui ressemble beaucoup à l’exercice politique d’une tyrannie.

 

Mais d’où vient ce désir d’être un autre dans une vie imaginaire ? Cette invitation à la propulsion dans le fantasme imagé. Est ce que, pour paraphraser Gérard de Nerval «le rêve est une deuxième vie» ? Je vois des explications bien plus prosaïques.

 

Il faut bien reconnaitre que la destruction systématique du décor naturel de nos existences, sa transformation en objet de consommation payable, n’encourage pas des esprits effrayés et sous-cultivés à l’admiration contemplative de l’Heureuse Nature, cette Arcadie, ni à l’enthousiasme hébété devant les complexes urbains complètement déments où ils sont censés s'épanouir béatement. Il faut reconnaitre aussi que la Bourgeoisie du XIX ème siècle, remplacée par Qui on sait, a exporté avec une certaine efficacité ses méchantes moeurs et ses angoisses de mauvaise conscience. Il faut bien reconnaitre que l’Espace Collectif est désormais fortement empoisonné, et que pour des populations terrorisées d’Informations, prises entre les deux tyrannies parallèles des policiers et des terroristes, il n’est guère jouissif... certes... Nous avons tous envie de voyager... Il faut reconnaitre enfin qu’il y a de moins en moins de vie, et de plus en plus de non-vies, toutes identiques et nulles, chez les esclaves ordinaires du quotidien consommable, que le curriculum vitae des gens du XXIème siècle est de plus en plus un destin affreux... plat et répétitif, une horrible course aveugle vers la mort, vaguement scandée de quelques plaisirs. Tout ceci est fort vérifiable, et explique le service après vente de l’horreur dans la production d’images fascinantes... mais faut-il que les gens soient fatigués pour refouler à ce point leur propre peau, leurs propres sens ! Vouloir à ce point «rentrer dans la télé» ! Nous ne sommes pas très nombreux en ce moment au Parc Monceau à vouloir  admirer l’Automne... la beauté transparente des arbres violets. Faut-il qu’on les ait bien embêtés pour qu’ils désirent à ce point être un autre et ne pas voir leur réel... Faut-il qu’on cherche à les exténuer avant qu’ils aient simplement la force de se défendre...  

 

Je me souviens à cette heure, d’un vieil homme à Naples, l’ex-comptable d’un Théâtre fameux, qui était notre voisin. Quelques jours avant sa mort il regardait la télévision avec un son très fort qui venait jusqu’à moi, qui lisait dans la chaleur moite d’un début de nuit d’été, sur le balcon d'angle mitoyen. Je l’ai longtemps regardé vivre ses dernières heures. Certes il était sourd, mais on sentait bien que ce pauvre homme était terrorisé et qu’il aurait voulu faire rentrer tout son entourage, la ville entière, dans sa télé. C’est que la peur de mourir et des éventuels châtiments ultérieurs (une solide superstition) vous rend solidaire du collectif et que l’on se ne sent vraiment rassuré qu’à l’idée qu’il n’existe qu’un seul monde, clair, compréhensible et qu’il peut être filmé.... la mauvaise conscience s’y trouve... toutes les trouilles... Je n’ai pas eu le coeur de démentir ce vieux Monsieur qui s’en est allé le lundi suivant.

 

Pourtant il existe au moins deux lectures du réel: celle de la télé et du cinéma et celle des livres. Et la seconde, qui contredit très souvent la première, n’est pas filmable.

 

 

à suivre...

 

 

PS: je précise que je n’ai rien particulièrement contre les gens nommés dont je me moque allègrement par ci par là. Je me le permets au nom de la Liberté d’Expression, valide pour quelques temps encore, peut-être moins longtemps qu’on ne le croit, et parce qu’ils ont choisi à leurs risques et périls d’être des personnalités publiques. Il est bien évident que je tolère sans problèmes, pour les mêmes raisons, les moqueries me concernant, pourvu qu’elles soient écrites dans un français agréable - ce qui arrive rarement. Cela fait partie du jeu.

 

 

 

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Par Philippe Parichot - Publié dans : aaaahooooohparichotphilippe
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 06:45

 

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En promenade à Sydney (février 2010)

 

 

 

 Je ne «critique» pas «les sciences» dans ces pages. Je ne critique pas la longue tradition de pensée qui  s’efforce de penser «le réel» avec «rigueur» et cherche "le vrai" selon un principe de «raison» et dans la cadre d’une méthode balisée. Etc... Ce que je dénonce, en m’efforçant d’évoquer son envers obscur, c’est le dérapage de cette méthode de penser dans la vie quotidienne, son instauration en morale. Car non seulement les Sciences ont déserté la morale mais elles ont aujourd’hui la prétention de de se faire valoir «comme morale» ! (voyez le répugnant «téléthon», mais aussi le sceau de vérité que s’arroge le CNRS, comme si «scientifique» équivalait à « vrai», comme si "vrai" équivalait à "bon" etc...). Ce que jusqu’ici elles n’avaient jamais prétendu être - en des temps plus sages on se serait moqué. Phénomène qui n’est pas sans attirer l’attention du bon psychologue, la Morale cachant toujours quelque chose. Ces lignes sont d’une modestie pathétique mises en regard à l’évolution des choses et du monde. Mais je pense qu’elles valent les quelques minutes pour être lues.

 

 

Pas si pauvres

 

La première conséquence, à moins que cela n’en soit la raison, de l’étrange mépris pour les études de Lettres vient de ce que les Lettrés sont censés être pauvres... il s’ensuit toute une mythologie du malheureux écrivain dans sa chambre de bonne, héritée du XIX ème siècle, du scribouillard souffreteux dans une société saine, mythologie largement reprise aujourd’hui et qui ne fait sa place qu’au professeur d’Université, c’est à dire au fonctionnaire, à l’intellectuel tamponné, en bref à celui dont l’esprit n’aura jamais connu aucun risque (il en est dévalorisé d’autant). 

 

Cette mythologie est évidemment fausse, on peut très bien gagner sa vie et de manière indépendante, en ayant fait des études de Lettres. Et il n’est pas du tout nécessaire pour un Lettré d’aller émarger au ratelier des cocus (c’est ainsi qu’encore au début du XX ème siècle on appelait les universitaires) 1 pour bien vivre. Mais je me souviens des irritations que j’ai provoquées, des agacements très profonds, lorsqu’à une certaine époque j’ai commencé à gagner ma vie confortablement. Ce n’était pas du tout prévu. On m’avait programmé un destin de pauvre. Ce type: celui qui avait négligé ostensiblement Normale Sup, devenu un lettré aisé ? INDEPENDANT du spectacle... n'ayant pas besoin de vendre quoi que ce soit... comment ? il n'est pas encore mort ? J’avais beau être une exception, je gênais. Que pour moi l’argent ne signifie rien, si ce n'est un moyen parmi tant d'autres pour obtenir, parfois, ce que je désire, ni le Pouvoir, que je méprise, que je sois aussi à l’aise dans un bar à couscous de Saint Denis que dans les restaurants de l’Hotel de Crillon, et que j’ai décidé par un acte de pure liberté de redevenir modeste, et de vivre sur un pied plus humble, n’y change rien. La possibilité existe de s’enrichir grâce aux Lettres, la preuve est faite. 

 

On l’oublie trop, Emile Zola, Guy de Maupassant, et bien d'autres écrivains, ont eu des vies très confortables grâce à leurs livres, Maupassant possédait un grand voilier, le Bel Ami, entretenu à l’année à Marseille ou à Menton, d’où il se riait des politiques de son temps qui «travaillaient plus». Guy avait des garçonnières dans tout Paris, où il allait coucher avec de jolies femmes mariées, tout en vivant de manière très indépendante de ses parents, qu’il voyait rarement. Sa vie méritait tout autant d’être vécue que celle d’un ingénieur en climatisation auto qui passe 2 heures par jour dans les embouteillages du périphérique. Sauf erreur. Emile Zola, d’origine modeste, après la faillite de son père, l’ingénieur du canal du Midi, s’est offert grâce à ses romans une très belle villa en campagne et il avait suffisamment d’argent pour financer secrètement les anarchistes de son époque (il n’est pas invraisemblable que les services secrets de la Police aient «organisé» sa mort bizarre par asphyxie.)  C’est tout aussi bien qu’un médecin qui soigne des rhumes aux antibiotiques 11 mois sur 12. Aujourd’hui Michel Houellebecq, pour n’en citer qu’un, gagne très correctement sa vie avec des bons livres, et bien d’autres ont fait valoir leurs qualités de Lettrés pour s’enrichir largement et bien mieux que de pauvres «scientifiques» qui triment comme des tordus entre le RER B et la Défense. Que l’on ait essayé de faire croire le contraire est le produit dérivé d’une certaine bourgeoisie française apeurée, d’une classe sociale au pouvoir qui a peur de le perdre, tremblante non sans raison pour ses privilèges indus, et qui depuis deux siècles est proprement moquée et ridiculisée par les Littéraires, ses pires ennemis déclarés. Elle se venge. Mais les livres restent.

 

 

 

 

Un étrange savoir

 

Tout ceci sort d’un refoulement. Les Littéraires, les amateurs de latin, de grec, et d'autres jolies langues, seraient censés représenter un Monde passé, dépassé. C’est le discours officiel. Il suffit pour en juger de se souvenir des très amusantes déclarations du Pur Génie Céleste (nous ne pouvons plus nous le cacher) que nous avons collectivement installé dans les locaux de l’Elysée, et qui risque fort de devoir déménager, manu militari, et sans dire au revoir, pour des raisons toutes aussi collectives.

 

Or, les Lettrés sont dépositaires aujourd’hui d’un étrange savoir. Dans le nouveau monde ignare, sous-cultivé, bombardé de pub et de télé, de films stupides, de dessins animés régressifs, qui est déjà bien là, sous la houlette des «scientifiques» et autres»ingénieurs» à collerettes,  le Lettré est en quelque sorte le détenteur des clés de compréhension du réel. Il connait l’envers du décor, il est le contempteur des décadences, le contemplateur des dérélictions. Des exemples ?

 

Je ne vous cache pas que je lis surtout des livres de Poésie et de littérature et que mon existence est fort peu polluée par l’actualité qui ne m'intéresse pas; pourtant deux ou trois exemples me viennent à l’esprit.

 

La soi-disant crise de la dette, dont on ne saurait trop souhaiter pour qu’elle fasse exploser le système - les gens modestes ont beaucoup moins à perdre que les riches et leurs esclaves - est très facile à penser pour quelqu’un qui a lu Nietzsche  et la Généalogie de la Morale ( je ne veux pas rentrer dans les détails de cette affaire très téléphonée, surfaite et ennuyeuse, mais c’est Nous qui avons une immense dette à l’égard des Grecs ! - la langue ! les catégories de pensée ! vaste hypocrisie des Marchés financiers, des Banques, dont on ne dira jamais assez qu’ils sont un rassemblement de tout ce que notre société compte de plus ordurier).

 

L’affaire Bettencourt que j’ai suivie grâce à l’excellent site Mediapart, est limpide pour qui a lu «Théorème» de Pasolini. Le bel homo, l’ange partouzeur, fin et intelligent, débusqueur de névrose bourgeoise, devenu un Affreux ridé, ratatiné, vieille tante à Daronne, le subversif dandy mué petit bourgeois délinquant, économe... et ses échanges avec la rombière au chéquier, leurs lettres enflammées des Maldives à New York. Ah elle est belle la littérature... En voilà du bon goût à la française à enseigner dans les collèges mixtes, de l’exquis: Il initiait aux joies de la sodomie le sénateur de mari... (dixit la presse suisse, la seule autorisée à le dire). Un Ministre de la République... un ami personnel de de Gaulle ... Direct aux fondements ! Plop. Quelle plongée dans la réalité française... quelle sondage des matières... que les aventures de cette milliardaire déconnectée, ultra-gâtée, complètement à l’ouest, un peu fofolle, mais pas folle du tout, ( bien plus sympathique que la Smala avide de sa fille et de son beau-fils), et son godemichet en or massif en guise de presse papier (incroyable photo dans Paris Match). Alalala, si c’est pas une pitié ma bonne dame, une demoiselle si sérieuse, tasse coquille d’oeuf et cuillère anglaise, devenue ce qu’à Pigalle on appelle une «vieille à tata»... (Mes lecteurs qui ont un peu vécu et qui ont fait autre chose de leur vie que regarder la télé, savent qu’avec l’âge les dames un peu riches ne jouissent plus sérieusement que par le derrière... on a les zones érogènes qu’on peut...) sucée par des cohortes de profiteurs masqués dont un inénarrable gestionnaire de fortune, un certain De Maistre Patrice (rien à voir avec Joseph), joyeux rondouillard de vaudeville qui (dans un enregistrement que chacun peut écouter sur Mediapart) lui demande tout bonnement pour cadeau un voilier de 2 000 000 d’euros... « svouplait... pour mes oeuvres ...». L’austérité c’est pas pour tout le monde...

 

L’affaire du ministre Woerth, qui lui est liée, est également magnifique pour qui a lu Emile Zola 2. L’histoire de cet homme parfait, splendide technocrate, très beau personnage du roman contemporain est un enchantement. Eric Woerth, d’origine modeste, avait gardé de son enfance un air humilié (par la vie, par sa femme, par lui même) qui a beaucoup plu dans les milieux aisés où on aime le petit personnel obéissant, même s’il n’a pas évité de le faire salement virer lorsque son heure fut venue. On l’a sans doute trouvé «brave homme». Un technicien à envoyer au front des mesures impopulaires qu’on aurait voulu faire passer pour nécessaires. Un technocrate: un employé des Intérets qui le dépassent. Cet homme d’une inoubliable beauté romanesque, au front large, splendide, probablement très doué dans son genre, présentait tous les traits de l’intelligence de compensation (j’utilise l’imparfait, désormais sa maladresse l’a grillé; il ne fera plus que les comptes des ordures ménagères à Chantilly). Une méchante vie, des conditions d’existence difficiles: son esprit se développa jusqu’à l’hypertrophie. 

 

Ceci dit, quelque magnifique qu’il soit, je le soupçonne d’être modestement informé de l’Histoire Politique de son pays. Je lui vois aussi des petits progrès à faire en lucidité sur lui même et surtout sur ses amis. Un peu vaniteux ? juste un peu ? Toujours est-il que notre Héros, pendant que sa femme surveillait les phallus monstrueux des Etalons de Chantilly, (que Madame collectionne à temps perdu, comme d’autres les timbres-postes), vendait à bas prix les biens du Peuple français (dont il venait pourtant pourtant) à un autre type qui, aussi mariole que lui, s'est révèlé spécialisé dans les maisons de retraites médicalisées...  A ce moment de l’histoire, celui de la tombée du masque, quand le technocrate sérieux est apparu plus compliqué que prévu (comment aurait-il pu en être autrement avec ces gens redoutablement intelligents, pour le meilleur et surtout pour le pire), son air de cocker trempé, de chien battu sous la pluie, son faux air étonné, humilié jusqu’aux os, sorti de nulle part, complètement déconvenu, est à peindre. J’ai déjà le titre du tableau, « grand serviteur de l'Etat pris la main dans le sac». Je résume: d’un côté vous avez donc l’ex-ministre du Travail, en fouetteur d’esclaves, cherchant à imposer la retraite à 65 ans, de l’autre son copain qui vient piquer les économies des petits vieux en fin de vie !  ALLEZ HOP ! Ils auront travaillé pour rien ! Opération délestage ! Mieux que les pickpockets de Saint Ouen ! C’est alors que le site Mediapart nous apprend qu’un frère de notre susdit  Pur Génie Céleste, dirige «Malakoff Médéric» Organisme qui propose, je vous le donne en mille, des mutuelles santé aux travailleurs ... ben voyons... Quand son petit frère rogne sur les remboursements de la sécurité sociale... lui encaisse sur les mutuelles. On peut se moquer des magouilles de Berlusconi... des affaires de famille de Khadaffi... faire des leçons aux employés qui ont trop souvent le rhume... Décervelage et pompe à Phynance: sacré père Ubu. Mais combien de temps ces cochonneries vont-elles encore durer ?

 

Vous me direz: Rien de neuf pour des gens cultivés... du franc banal pour un lettré... que du très vieux très horrible... malheureusement... de la monnaie décriée... Tous ces gens sont absolument ennuyeux, voués à l’oubli dés le premier jour, et n’aurait aucune importance si par moments - et c’est l’unique but de toutes leurs vaines pitreries ivres de pouvoir - leur niaiserie n’avait quelque importance diluée sur nos quotidiens. Avez vous remarqué cette obsession moderne qui pousse tant de gens inutiles à s’imaginer du pouvoir sur les autres ? Et dire que dans 2 ans toute cette histoire aura été oubliée rendant ce texte fastidieux et ma peine pour l’écrire inutile et vaine... Il est flagrant qu’à notre époque (si ce n’est de tous temps) le Monde appartient davantage aux être de tempérament qu’aux gens d’esprit... aux brutes violentes et vulgaires... aux pénibles, aux lourds, aux immondes... plus de volonté que d’esprit parmi les hommes... je le vois ainsi... n’en déplaise...  A peine une originalité d’époque toutefois: l’inculture crasse et organisée est arrivée à ce point d’efficacité que même les canailles les plus viles,  les tyrans les plus infects ne savent plus qui ils sont, et que c’est fort sincèrement qu’ils voudraient se faire passer pour des agneaux. 

 

 

à suivre...

 

 

 

     1. Paul Morand raconte quelque part qu’au défilé du 14 juillet d’une année ancienne, alors que les universitaires défilaient en habit d’apparat, une dame du peuple s’était écriée: «voici les cocus» ! Ce que tempéra fort justement une autre dame qui parlait d’autres choses «ils ne sont pas tous là»...

 

     2 (les vrais enjeux des fameux projets du Grand Paris qui font baver si lubriquement nos gens de pouvoir et bien d'autres, sont très faciles à comprendre si vous avez lu «La curée de Paris»)

 

 

 

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été 2011

Par Philippe Parichot - Publié dans : aaaahooooohparichotphilippe
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Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 19:51

 

 

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      La musique: il s'agit d'un splendide "motet pour le grand dauphin" de Marc Antoine Charpentier "sola vivebat in antris" - "elle vivait seule dans une grotte" - chant en l'honneur de Marie Madeleine. Selon Pascal Quignard dans "tous les matins du monde" c'est la chanson qu'est censée chanter Sainte-Colombe à ses filles pour les calmer lorsqu'elles avaient peur la nuit (elles n'ont plus de douce mère pour les consoler). C'est une idée de célibataire sans enfants, et c'est peu vraisemblable. Mais qu'importe. C'est charmant.


 

Que je sois bien clair: Je ne souhaite pas particulièrement polluer la vie mentale de mes lecteurs par des délires. Ce blog repose sur la base du volontariat absolu. Et je comprendrais facilement que l’on me prenne pour fou. (Il y a d’ailleurs du Lautréamont dans ces lignes). Je prétends ne confier ici, dans un silence relatif, et le temps de l’écrire, que des angoisses fécondes. Ces angoisses je les partage à peine. Je ne voudrais pas les transmettre, ni donner l’impression de m’en débarrasser: en les écrivant je les endosse. Ce que je veux faire ici, sur cette page de blog improbable, lue parfois, rarement par hasard, par quelques uns et quelques unes qui se soulèvent un instant de leurs occupations pour se distraire à la lecture d’un texte écrit avec soin, et dans le souci constant de ceux et celles qui le liront, c’est analyser les enjeux de la mauvaise réputation des études littéraires et sonder la fascination pour les études scientifiques. J’essayerai d’expliquer ensuite pourquoi, selon moi, les études de Lettres restent intéressantes, voire décisives.

 

 

 

Les cancres à diplômes

 

J’en suis convaincu au point que je n’ai pas même envie de m’étendre sur le sujet, et qu’il m’aura fallu tout le mois d’Octobre 2011 pour écrire cette page. La prétendue Science n’a pas fini de nous surprendre et de nous révéler son envers affreux. Quand je vois l’engouement pour les filières scientifiques, c’est à cela que je pense. Les ravages de la pulsion de mort intimement enlacée à la méthode de pensée scientifique, ce profond désir suicidaire masqué derrière une apparence de désir de vérité, prouveront de manière suffisamment abominable la niaiserie de notre confiance aveugle dans ce mode de connaitre pour que j’insiste. Je préfèrerais ne pas avoir raison. De même la violence avec laquelle la plupart des parents actuels abandonnent, sans discernement ni contrôle, leur progéniture bien aimée aux prétendus Sciences de l’Ecole, sans explications, ne sait que m’inspirer que des frissons d’horreur. Pensant leur promettre le bonheur, Ils envoient leurs enfants aux lions.

 

Je ne veux pas m’étendre non plus en évoquant la manière pour le moins "baroque" avec laquelle les prétendus "scientifiques" s’expriment aujourd’hui. Je ne parle pas seulement de l’orthographe ou de la grammaire, -ce qui pourrait être indifférent-, mais de la misère de leur rapport au langage articulé, aux livres, lequel est pour la plupart d’entre eux d’une indigence déplorable. La mort du rapport à l’être et à l’autre, (facebook en est un bon exemple avec cette concentration monomaniaque et d'un narcissisme à hurler sur un "moi" artificiel qui s'étale entre les bornes surveillées de la page d'ordinateur- comme si je ne devais être, sans mélange, que sous le chef de mon nom), le triomphe de l’image muette, sans contrepoids de langage, l’engouffrement dans la brèche du plaisir aveugle, la fascination puérile pour des films d’une crétinerie consternante (ou pour le lourd porno censé en dire la vérité) ou des photos-clichés, poncifs idiots, connement contemplatifs, censés dire plus que des mots, sont selon moi des conséquences peu observées de la foi en la superstition scientifique. De même la mise en mauvais  scénario du réel. Je m’attacherai un jour à le prouver. Je me contente pour l’instant de l’écrire.

 

 

 

Une étrange passion

 

D’abord une première observation: L’intérêt pour les Sciences de nos chères têtes blondes n’a rien de la passion. C’est à peine un attrait. Tout au plus un penchant. On sous estime le nombre des jeunes gens qui s'intéressent aux Sciences par Impuissance à s'intéresser aux Lettres. 

 

Dans la plupart des cas les  adolescents se jettent dans les équations tout entier porteurs de l’angoisse de leurs parents. Pour deux ou trois vrais scientifiques, - toujours des cas bizarres - il y a des multitudes de suiveurs et de suiveuses qui en rentrant dans la filière scientifique, sont tout bonnement là où on les met (et ce constat n’est pas sans être grave pour la vie psychique de ces enfants). Cela me fait penser à l’enthousiasme avec lequel on plaçait il y a quelque siècles les jeunes gens dans les filières théologiques, ou cette manière qu'avait les chinois anciens de faire aux filles des petits pieds. Une simple affaire de pouvoirs.

 

En fait la soi-disant orientation scientifique (n'importe quel chinois de 16 ans vous expliquera que le niveau du Lycée Français en Sciences est assez faible et qu'ils font en collège ce que les adolescents français font laborieusement en Terminale) de la soi-disant «élite» d’une classe d’âge, ce qui me fait bien rire, est purement économique. C’est une question d’argent. De fric. De pèze. De pognon.  D’une certaine soif. D’une certaine qualité d’avidité.

 

On va là où çà paie. Où c’est censé payer. L’industrie pour l’instant est à la recherche d’ingénieurs ? Soit. La plus value liée à la vente des gadgets technologiques est la plus importante ? Très bien. Rien ne vaut tant que la création de produits artificiels qu’on transformera ensuite en besoin. Parfait. On a besoin de travailleurs valides, jamais malades, efficaces ?  OK. l’Idéologie de la Santé s’en charge, et les médecins, ses petits soldats, au plus grand profit de l’Industrie du médicament. La spéculation financière, cet art de gagner de l’argent sans ne rien faire, a besoin de grosses têtes calculantes pour mieux tourner en dérision la valeur du Travail ? Nous avons de ces prêtres là qui viennent assumer la part d’irrationnel de chaque société. Tout çà, vous me l’accorderez, n’a rapport que très vaguement avec la Science et beaucoup avec l’Amour du profit, ce cancer du cerveau, ce chancre des neurones encore mal connu, dont je m'étonne que des laboratoires américains, si prompts à tout analyser, jusqu'à la lecture aux toilettes, ne l'aient pas encore scientifiquement détecté. 

 

Et ne vous imaginez pas que les Sciences vont protéger nos enfants des niaiseries religieuses en tous genres, que la raison va l’emporter ! Si seulement ! Je ne compte plus les «matheux» enfouis dans des sectes diverses, délirant des débilités sauvages, «croyant» des suites de mots insensés, pour ne pas s’avouer leur manque: celui du langage. Manifestement, - et c’est regrettable -, l’esprit scientifique ne suffit pas à rendre raisonnable. Si l’une des plus débiles et nocives des sectes contemporaines, la Scientologie, a pris pour cheval de bataille la Science, en la mêlant fort incongrument aux vaticinations (au sens étymologique) d’un très ancien prophète juif, un peu décalé, ce n’est certes pas un hasard; la croyance en la Science est le fétichisme d’actualité, c’est la superstition à la mode.

 

Ne vous imaginez pas non plus que, dans les cas où les études «réussissent», comme on dit, quand le bambin devient un brillant diplômé d’une école quelconque, et par la suite je ne sais quel «personnage important», la Science nous soit d’un quelconque secours. 

 

Elitistes et ignares

 

Sous couverts de scientifiques, on produit à la pelle des êtres effrayants, des sortes de grosses têtes brutales, cerveaux avides, parfois intelligents certes, très intelligents, mais de quelle manière... Et pour faire quoi ! Avez vous observé avec moi les «scientifiques» d’aujourd’hui ? Nos élites... Ces sensibilités malades, délirantes, à la fois élitistes et ignares, ces fous dangereux écrasants, complètement déconnectés du rapport à l’autre (il suffit de les écouter parler de musique, de littérature ou d’art pour le vérifier), du rapport interpersonnel,  et qui prétendent diriger le monde !

 

Les plus cultivés d'entre mes lecteurs se souviendront peut-être que pour les Grecs de l'époque d'Aristote qui ont jeté les bases des Sciences Modernes, la connaissance était inséparable de la morale. Pour les grecs la connaissance du monde était absolument liée à la connaissance de soi laquelle ne pouvait avoir lieu que grâce à l'autre, mon égal. Jamais la Science n'était vécue comme un savoir extérieur à l'être et capitalisable. On chercherait en vain aujourd'hui une telle sagesse de comportement.

 

Soit dit en passant, entre nous, après 20 ans de métier, comme on dit, j’observe que le Système Educatif Français (à l'égal de la plupart des autres probablement) n’a conscience de rien, que le mammouth de l’Education Nationale est un animal préhistorique insubmersible, du genre aquatique en eaux troubles,  et qu’il produit essentiellement de l’Ignorance en branches et de la névrose en petits paquets. Je prétends hautement (et non sans en rire) que le rapport à l’Ecole et au Savoir à notre époque est absolument désastreux et nuisible. 

 

II n’y a qu’à voir les ravages du mois de Septembre sur la sensibilité des élèves pour comprendre les effets de la soi disant «rentrée» des classes. Quand Septembre, le beau Septième mois de l’année latine, ce devrait être la saison des vendanges (et non du vin ! qui n’en est que son produit commercialisé...) le Mois des belles forêts enflammées de couleurs, celui des fêtes d’entrée dans l’Hiver. L’heure de l’initiation à l’inévitable Mort (et non du simple deuil qui n’est que la mort des autres) qui nous guette tous et qu’il nous faut bien penser. Non. Rien de tout cela. Un néant sonore. Quoiqu’on dise le contraire à longueur de journaux, les «rentrées» modernes sont toujours plus angoissées, dépressives, suicidaires. Ce qui prouve assez, s’il en était besoin, l’intime collusion entre la machine à enseigner et la machine à produire. Cette même machine à produire qui a entamé sa longue course vers sa Crise, et bientôt, n'en doutons pas, son inévitable Implosion. Je ne vois pas bien comment il pourrait en être autrement.

 

J’ai parlé de la douteuse Passion pour les études Scientifiques de mon Epoque, - le désintérêt pour les études de Lettres en est l'affligeant corollaire. 

 

 

A suivre...

 

 

 

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Par Philippe Parichot - Publié dans : aaaahooooohparichotphilippe
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Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 16:34

 

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L'auteur en vacances 

 

 

 

 

Pour alléger la lecture de cette réflexion un peu longue, que j’offre à lire aujourd’hui, je vais la publier en plusieurs fois, à quelques jours d'intervalle. Si elle vous plait, vous éveille à une forme d'intelligence, tant mieux. Si elle vous déplait, rien de grave, vous en serez quitte pour avoir lu un texte écrit avec soin; ce qui n'est pas si courant.

 

 

 



 

Je ne sais pas pour vous. Mais pour moi, Septembre c’est d’abord l’arrivée de l’automne occidental, un rafraichissement de l’atmosphère (même s’il fait très doux depuis plusieurs jours), un éternel retour à Paris. L’inflammation des arbres, le retour à mes livres, à mes  cahiers d’écriture, mes fiches de notes. Pourtant en cette rentrée 2011 il m’est difficile de ne pas songer aussi à mes étudiants. Aussi, sans aucune amertume mais avec attention, j’observe le désintérêt croissant pour les études de Lettres, et l’attrait de fascination pour les études scientifiques.

 

 

Une mauvaise réputation

 

Ce constat est ancien. Déjà il y a 20 ans des cohortes de petits calculateurs anonymes, des ribambelles de scientifiques en culottes courtes s’en allaient déjà grossir les rangs des ingénieurs, des informaticiens, des médecins, et autres agents spécialisés qui font le gros des entreprises d’aujourd’hui. Déjà il y a 20 ans j’avais cru comprendre que l’on nous regardait, nous «les littéraires», avec un air discrètement méprisant. Les choses ont pris depuis un tour bien plus radical. Les classes littéraires sont désormais présentées comme des «classes dépotoirs» (je cite, non sans effroi), avec cette insolence et cette arrogance qui caractérisent la vulgarité de nos temps (ma propre arrogance n'est qu'une réponse). 

 

On me contestera la phrase précédente, au nom de trois ou quatre figurants qui ont fait leur vie, mais selon moi c’est pur bavardage, et ne pas vouloir voir l’évident. Aujourd’hui qui veut réussir sa vie, sur le plan social, financier, pense qu’il lui faut faire une classe «scientifique». A tort peut être car désormais il y a foule... Reste que les parents le pensent, même s’ils ont l’hypocrisie de ne pas toujours le dire. Les enfants le pensent. La société le croit. Il s’ensuit que les classes littéraires ont mauvaises réputation, comme la littérature.

 

Je voudrais dire d’abord à ce propos que ce phénomène est quelque chose d’assez ancien; déjà en 1840 le jeune Gustave Flaubert passait pour un fou, au sens premier, avec son amour de la Littérature. Il n’y a là pas lieu à s’étonner. On s’étonnera plutôt que pour des raisons diverses et pendant si longtemps les Lettres aient pu garder ce lustre. J’ai moi même fait des études de Lettres pour le bruit que faisait encore dans une petite ville de Province le génie de Stendhal et sa réputation d’élégance auprès de la communauté petite bourgeoise et sur l’esprit de quelques jolies femmes qui n'étaient pas encore les garces et les pestes que nous connaissons maintenant.

 

Aussi je n’ai pas envie de me lancer dans une polémique sur la concurrence entre les classes littéraires et scientifiques ou économiques. Je ne peux pour l’instant que constater que depuis plus d’un siècle les mamans n’en pincent que pour les matheux et qu’il n’est de mère qui ne rêve d’un destin d’Ingénieur pour ses bambins joufflus.

 

Je n’ai pas non plus envie de me lancer dans une «critique» de la «Science» comme on l’appelle, ni des «scientifiques», comme ils se font un peu facilement appeler. D’une part l’efficacité de la méthode scientifique dans la recherche d’une forme de vérité, n’a plus besoin d’être démontrée, ni ses vertus - même si ce sont de ces vertus dont les temps anciens disaient qu’elles feraient rougir les vices. La Science (il est intéressant de voir qu’elle s’est arrogée à elle seule le nom de tous les savoirs) dont les origines grecques et les enjeux modernes ont été si bien analysées au XXème siècle par Martin Heidegger (mais qui l’a lu ?) n’a pas fini de faire parler d’elle, quoi que je dise, ni de développer dans le champ du réel, sa longue trace d’horreur angoissée.

 

 

Qu’est-ce que la Science ?

 

Mais lâchons un instant l’Idéal. La représentation positive de la Science liée aux incontestables progrès que nous lui devons dans le domaine de la compréhension du réel doit laisser la place à des exemples précis. Qu’est ce que pour vous la science ? Qui sont pour vous les scientifiques ? Et là le masque tombe.

 

Pour moi le mot Science évoque invinciblement des souvenirs personnels. D’abord la Science c’est l’Epouvante absolue des animaux torturés en série dans les laboratoires. S'autorisant de René Descartes, c'est l'horreur du génocide de ceux que les scientifiques nomment "automates génétiques". Mais la Science ce sont aussi les regards torves des bonnes femmes de l’Inserm qui analysent des échantillons de sperme derrière des lunettes fumées. Puis ce sont des docteurs étranges hantés d’assassinats (notamment un curieux docteur juif de ma connaissance absolument décidé à se venger sur ses patients français des malheurs de sa famille pendant la dernière guerre), ce sont des chirurgiens sadiques qui ne rêvent que voiliers dans les Caraibes tant leur vie leur fait horreur. C’est un gynécologue-accoucheur qui déteste les enfants, ce sont plus près de vous des laboratoires pharmaceutiques avides, prêts à tuer pour vendre. Ce sont des financiers cruels, calculateurs spéculateurs sans vergogne, des banquières immondes, petites pisseuses qui jouissent d’enchainer à vie par des prêts sur 20 ans des familles laborieuses et humiliées. La Science évoque pour moi de sombres canailles et d’obtus crétins aveugles à leurs décharges.  

 

Je parle ici des scientifiques que je connais, mais je parle aussi de la Science en tant que mode de pensée asservi à un mode de production économique, et en tant que productrice d’une société hantée d'horreurs; la nôtre.

 

Le mot Science, pour moi, évoque le silence ravagé des rues modernes, traversées de véhicules blindés. C’est, pour moi toujours, la fréquentation d’ingénieurs psycho-dépressifs, en extase sardonique dans les boites à partouze du 9ème arrondissement, ou hantant lourdement les rayons plats cuisinés des Monoprix de quartier. Des biologistes névrosés, crispés sur leurs organes, et qui se suicideraient plus volontiers que de reconnaitre que nous sommes d’abord des êtres de langage.

 

Les scientifiques ? Tant de gens qui ignorent simplement qui ils sont. Regardez les bien et éloignons de nous un instant la figure d’Einstein dont les qualités exceptionnelles font obstacle au discernement. Que reste-t-il ? Des employés châtrés, des mathématiciens-poétaillons, illuminés, ratiocinant leur désirs de Meurtre sous une forme biscornue - des types qui découvrent les foetus de leur femme dans le compartiment congélateur du frigo et comprennent un beau matin qu’ils l’ont mis cinq fois enceinte... les scientifiques dans la vraie vie ? pas de quoi pavoiser... (Michel Houellebecq, un des rares vrais écrivains de notre époque, a magistralement décrit dans «les particules élémentaires» des personnages de scientifiques modernes qui accèdent brusquement à la conscience à l’Etre et çà vaut son pesant d’or). 

 

En fait nous manquons de repères pour savoir qui sont «les scientifiques» pour la bonne raison que nous ne savons pas qui ils sont, puisque la plupart du temps ils n’ont jamais vécu, leur vraie vie n’ayant jamais abordée aux rivages de la lumière, et qu’ils sont restés étouffés dans l’oeuf.

 

Je caricature peut-être un peu, bien sûr. Mais pourtant je crois que quelque chose se dit que l’on ne lit pas souvent.

 

Le mot Science est pour moi indissolublement lié à une Inconscience aveugle et généralisée et à une hypocrisie répugnante.

 

A suivre....

 

 


Par Philippe Parichot - Publié dans : Deux ou trois choses que je sais de lui
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Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 08:16

 

 

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       L’Italie quittée, et ses heures chaudes passées les pieds dans les piscines thermales d’Ischia, me revoici dans le sud de la France, balayé de vent, dans un environnement  un peu plus frais, mais toujours très ensoleillé. C’est Le Var élégant, criblé de mafia locale, de gros lards proxénètes, d’escrocs mal rasés, de trafics divers, le Var hanté d’agaves, de cyprès valéryens, mais surtout le Var méditerranéen, celui de la Mer du Milieu, le Var des lauriers roses, si prisé des  blancs Boréaux dans mon genre, qui viennent volontiers peupler de leurs coups de soleil les plages méridionales. Le Var que j’aime n’est certes pas celui des petits vieux haineux, les économes et éternels roulés de l’histoire, et qui votent Front National, ni celui des petits commerçants matois qui vous attendent le lucre aux babines. C’est le Var odorant et sensuel, dansant, le Var de Picasso, le Var faunesque, aux érections surnuméraires et polymorphiques, celui des jolies femmes riantes au milieu des jets d’eaux et des fontaines. 

 

 

C’est qu’avec le vent et les vacances m’est retournée un peu de bonne humeur. Envolées les ruminations ressenties, le masochisme ratiocinant,  les haines diverses et variées, les diatribes anarchistes (qui sont de pures déflagrations nerveuses, sans autre enjeu que le bonheur d’écrire mes haines, un vrai LUXE en nos temps contrôlés, où le petit bourgeois stressé n’en finit plus d’avoir peur que l’on sache qu’il existe autrement que sous la forme de sa communication codée). Mon bon tempérament ressort, ressort ma bonne nature heureuse de blond nordique, d’Aryen au gros corps osseux (on a déjà retrouvé mes ossements dans plusieurs tombes germaniques), de bon Aryen dirais-je, sorti on ne sait d’où, peut être des forêts d’Italie du Nord (étonnant, sur le plan physique, je ne ressemble à personne dans ma famille... j'aurai sauté quelques générations de gênes), mes supériorités natives, exaltations de certitude, ma bonne élection, et qui n’a pas besoin des autres pour être et avoir ses opinions.


C'est que si je devais faire l’inventaire de tout ce qui me déplait dans le réel humain je pourrais écrire 300 000 pages que je ne serais pas plus avancé; alors autant commencer par ce qui me plait !

 

à suivre....

 


Par Philippe Parichot - Publié dans : aaaahooooohparichotphilippe
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  • : Aisément je calcule de combien peu d’importance est mon impression personnelle pour la chose publique; mais j’écris pour écrire comme on parle pour parler: le langage délivre. Je réside à Paris.
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