PHILIPPE PARICHOT: Le Blog

Mainstream de Frédérick Martel

6 Mai 2010, 19:23pm

Publié par Philippe Olivier Parichot

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philippe parichot le blog: bien plus beau sur ipad


Ce livre, le premier que j’ai acheté et téléchargé, est de ceux qui vieilliront vite; j'ai bien fait de le télécharger, le posséder aurait été plutôt un encombrement.


Dans cet ouvrage, qui n’aura fait que confirmer plusieurs de mes intuitions (ce qui n’est pas rien), -et que l’on ne peut lire sans un peu d’effroi-, on apprend qu’un peu partout dans le monde des gens très riches, organisés en multinationales, ont mis la main sur le  commerce de «l’entertainment», autrement dit en français: du divertissement. Le divertissement c’est tout ce que vous consommez en dehors de vos heures de travail. Comme d’habitude le jeu consiste pour ces Rastignac d’un nouveau genre qui se rencontrent au dernier étage d’ Hotels ultra luxueux (les mêmes hotels que je fréquentent, mais par pur jeu et à mes propres frais, ce qui a tout de même une autre allure) d’où ils tancent et dominent le Monde solvable, à gagner le plus d’argent possible. Pour ce faire ils diffusent des produits, surtout des films, (mais pas seulement), dont la principale caractéristique est d’être «maintream», c’est à dire, dans le courant général, correspondant au goût du plus grand nombre.

 Il s’ensuit que les plus célèbres des films et livres qui se vendent, «Titanic» «le Roi Lion», «Avatar», «Green Zone» «Camping», et autres débilités à l’avenant dans le goût «Harry Potter» pour tous les âges, sont médités et distribués de manière agressive par des réseaux ultra-puissants (ces gens là ont l’argent) qui inondent jusqu’à la Pollution Mentale l’espace public, et ne laissent plus la place à presque rien d’autres.


Le livre est bien construit, développe sa thèse selon un rythme étudié. Mais la méthode, qui est celle des journalistes aujourd’hui, et caractérise beaucoup de travaux destinés à dénoncer (le documentaire sur Monsanto par exemple, et la plupart des documentaires télévisés etc..) consiste à affirmer sans prouver; on part d’un à priori et on étaie son intuition en fournissant plus ou moins de preuves vérifiables. C’est un problème: le manque de rigueur est patent, il témoigne de l’abaissement général du niveau de la pensée de nos jours qui confondent volontiers Politique et incantation religieuse.

 Autrement dit, Il ne suffit pas que l’on me dise quelque chose pour que je le croie. Une succession d’interviews très formalisés liés par des opinions personnelles décrit une situation qui se propose comme globale. Dans le cas de Mainstream ce n’est pas gênant dans la mesure où je pense que l’à priori développé par l’auteur sonne juste (comme on dit au Vatican), mais d’une manière générale, c’est préoccupant. Dans quelle mesure les gens interviewés vont ils me dire la vérité ? Mentir ? qu’en sais- je ? Moi le lecteur. Sur quoi puis je me faire une opinion si ce n’est sur la confiance en l’auteur ? Seule la qualité du journaliste peut faire la différence. Frédéric Martel est un garçon intelligent, pas naïf du tout, très diplomate (il ne rencontre que des gens formidables) qui a l’air d'être assez fin  psychologue, mais nous sommes condamnés à le croire, ce qui sur le plan logique n’est pas suffisant.

Dernier défaut du livre. Il prend trop de gants et n’appelle pas un chat un chat, la mignonne soigne son réseau... tant qu’il ne sera pas explicitement dit au travers d’adjectifs forts, qui frappent les esprits, des vérités exécrables et qui font mal à entendre (je me suis fait une petite spécialité de ces vérités qui ont à ce point réussi à me rendre antipathiques que j’envisage sérieusement de me taire), à savoir:

aujourd’hui 6 mai 2010, sous l'appellation «Divertissement»,  des  cohortes de fripouilles organisées, bonnes à pendre par les organes génitaux au premier Baobab venu, des pères Ubus en bande unifiées, ont décidé de rendre la population mondiale encore plus radicalement conne qu’elle ne l’est actuellement, dans le seul but de s’assurer le Pouvoir (qu’ils ont déjà), par une vaste opération de décervellement collectif. Tant que l'on n'a pas dit cela on n’a rien dit. Or Martel ne le dit pas. Donc il n’a rien dit.

Oui je sais, ce blog n’y changera rien non plus.

Ce qui m’amène à observer, pour terminer ce billet, que la critique de l’ex société de consommation, devenue société du spectacle, est devenue un genre en soi. Chacun y met de sa petite rondelle, et fait son beurre en baratte molle. C’est un métier. Ne changeant rien à rien il est possible de se demander si au fond il ne s’agit pas d’entertainment un peu sophistiqué.

 


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