Mais quel drôle de papa je fais (simplement à me dire que je suis père, je m’étonne et je me fais l’idée d’être quelqu’un d’autre). Tous les matins à me répéter au
petit déjeuner “philippe tu as une âme, cette âme est la forme de ton corps, et rien ne doit être plus important à tes yeux que ce souffle, cette respiration douce et lente qui est l’expression
la plus juste de ta vie... mieux mon bon philippe tu dois élever ton âme au niveau de l’infini, lui faire respirer l‘air pur de l’altitude dont elle est fille...” Mon âme fille de l’altitude.
Boh. En ai-je fini avec mes vieilles notions surannées... Qui aujourd'hui s'intéresse encore à l'âme... Oui vraiment un papa bizarre...
J’écoute la respiration de Thalia, dans son petit lit. Celle de sa maman, qui dort un peu plus loin, lourde et légère à la fois, corps complice, moins
volontaire qu’on ne le croit, de la reproduction naturelle, Natura Grande, qui une fois de plus a accompli son devoir avec elle, avec moi. Aucun ressentiment. Il n’y a rien de doux comme
d’avoir une petite famille, surtout une de ces petites familles à trois (3) qui doivent pouvoir fonctionner n’importe où, tant elles semblent légères et polyvalentes. Moi, si indépendant de
nature, je comprends maintenant jusqu’aux gens qui font des enfants à la pelle, prolétaires et autres, tant le bonheur est grand d'être ainsi à plusieurs en la compagnie d’un petit enfant qui
grogne parce qu’il veut son petit lait.
A ceux qui pensent, comme je l’ai longtemps pensé, d’ailleurs non sans raison, qu’un enfant est un problème de plus à résoudre, qui ne fait qu'alourdir la vie, je
répondrais que la vie de famille c’est un peu comme le service militaire, on s’en fait un monde et puis on découvre une succession de petites scènes exquises, dans le goût hollandais, une
vie de tableautins charmants, d’un goût délicieux. En fait Je me sens enthousiaste de gratitude, une immense gratitude sans objet, un merci large. Il y a un dieu pour les lettrés polis.
J’aurai donc aussi connu cela. Formidable Joie.
De nombreux secrets me sont désormais révêlés. Par exemple maintenant je comprends pourquoi les filles cherchent leur père toute la vie: c’est que leur
père les sait. Il me suffit de quelques secondes et je sais ce qu’il faut pour ma fille, ce qu’elle a, je la devine, je la sens, je la comprend, elle se tourne doucement, me regarde, me
sourit... Que je sais, elle sait que je la sais, que je peux quelque chose pour elle. Ce n’est pas une symbiose, rien de la fusion maternelle, c’est une proximité de présence, juste une manière
privilégiée d’être l’un à côté de l’autre. Paternité. Je n’aurais jamais deviné ni imaginé cela.
Musique: Jean-Philippe Rameau, "Que les mortels servent de modèle aux Dieux".
je comprends bien que la maternité puisse vous faire fuir et vous effrayer, mais je vous assure que cela n'a rien d'impossible, c'est même le possible par excellence et c'est moins difficile qu'on le croit; si j'étais femme je crois que je n'aurais de cesse de rencontrer un homme de qualité capable de me faire un enfant... (en fait le fond du problème est là, réussir à s'entendre assez avec l'homme qu'il faut, la ou les personnes justes)
ah, chère Ghislaine, une Maman claveciniste, cultivée délicate et raffinée comme vous l'êtes, quel Bonheur ce serait pour un enfant, reconnaissez le, pour elle ou pour lui, quelle formidable chance ;-)
Voilà qui rend nettement plus agréable le réveil prématuré dû au passage à l'heure d'été d'une grande fille que la seule idée de la maternité effraie et fait fuir... Dois-je l'avouer ? ;-)
Thalia est de toute beauté.