Lundi 13 avril 2009

Par Philippe Olivier Parichot



Naples, ce matin





à écouter en intégralité ce chef d'oeuvre de l'opéra bouffe napolitain dans une excellente version

















Qui veut connaitre Naples au XIX ème siècle doit lire «jettatura» de Théophile Gautier, les Voyages de Gérard de Nerval ou, plus sobre et démystifiant, ceux de Gustave Flaubert. Qui veut connaitre Naples aujourd’hui doit me lire. Il me semble que c’est assez simple. Non que j’en sache plus que les autres mais je décris ce que je vois, en citoyen ordinaire dépourvu d’intérêt particulier, ce qui m’allège de tout discours tactique ou idéologique. Je n’ai pas à prendre des pincettes et il y a des chances pour que je sois plus vrai. C’est l’avantage d’un blog privé et discret: je n’ai personne à ménager, pas même ma réputation qui se trouve ailleurs.

Ce matin j’écris sur la table de la cuisine d’un appartement napolitain, au milieu des «pastiere», «colomba» «pannetone» et autres oeufs de Pâques, tombés tout droit des cloches qui ont résonné heureusement en ce week end catholique et qui l’est resté. Rien d’un Pâques parisien, ennuyeux et bête, scandés de poncifs sacerdotaux. Rien de ces «communions» françaises où, comme ce fut le cas l’an dernier non loin mes fenêtres, les communautés françaises et portugaises communiaient chacune de leur côté de l’église: communion certes, mais pas trop...

Ici de l’air, du vent, des rasades de soleil, une explosion de joie habituelle, bruyante, un grand mélange festif, subitement attentif au message du Pape lequel apparut comme de coutume, blanc et cérémonieux, sur les écrans de télé pour souligner solennellement la nécessité de la Paix: çà ne coûte rien et çà fait toujours son effet.

La veille les processions avaient parcourus la ville, populacières à souhait. Des fidèles en jogging bicolore accompagnés d’une fanfare de foire, traînant à dos d’homme des statues répugnantes, rouges et bleues, blanches et dorées, dans le plus pur goût d’un obscurantisme que même le Moyen Age n’a pas connu. Tout çà est joyeux, naïf et énergique et ne me gêne pas du tout. Au contraire cela sent bon les temps irraisonnables où le peuple pendait en effigie qui ne lui plaisait pas (si de tels temps existaient encore ni Sarkozy ni Berlusconi n’existeraient ou ils seraient ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être, d’ennuyeux bourgeois locaux). Mais il ne s’agit en aucun cas de Musique, Il s’agit de faire le plus de bruit possible, sans jamais s’arrêter de bouger, et de récupérer de l’argent que les paroissiens balancent des fenêtres (ainsi l’Eglise avec beaucoup de malice récupère les pulsions des fidèles et leur aspiration à la gratuité.)




 Entre nous l’insolence avec laquelle le Pouvoir Catholique se permet sans rien demander à personne ce genre de manifestations en dit long sur sa puissance en Italie. Ce même Pouvoir en rêverait en France où l’on permet tout juste à quelques évêques grincheux de monter les marches de Montmartre avec un crucifix sur le dos, en leur demandant de faire vite. C’est que voyez vous en France le christianisme en tant que religion vécue réellement, quoi qu’on dise, n’existe presque plus. C’est encore un Discours derrière lequel s’abritent des intérêts matériels importants, mais pour le reste, fort romainement (et pour le coup c’est le marquis de Sade qui a gagné), la religion chrétienne est à peine considérée  comme un Masochisme comme un autre. A vrai dire je ne suis pas sûr que cela soit si grave.

En fait et c’est un paradoxe étonnant, si la Musique est partout dans l’air à Naples, la Belle Musique, celle que j’aime, et qui a fait le succès de Naples à travers les âges, a presque disparu. Si l’on excepte trois ou quatre ensemble excellents mais spécialisés (comme par exemple l’admirable Ensemble "napolitano-barese" de la Capella dei Turchini, nom qui fait référence à son point de départ, une petite église baroque napolitaine élevée sur un haut d’escalier, à l’Epoque où les Turcs envahissants violaient les jolies filles napolitaines et leur faisaient des enfants, à une époque où il n’était pas question de faire avorter), la Grande Musique Napolitaine n’existe plus que dans le souvenir des gens cultivés. La bourgeoisie italienne a imposé le Bel Canto et les concours d’Organes qui nous valent quelques unes de ces manifestations désappointantes, au comique pornographique rarement souligné, qui voient trois ténors se mesurer parmi les ruines des Thermes de Carracala.


Quant au peuple il s’abreuve de chansons de variétés, cette fameuse variété italienne, si pathétique d’idiotie, et il n’est de week end où l’on ne voit à la télévision, des chefs d’entreprises endimanchés, tanguer et faire la hola en écoutant des cavatines sentimentales, techniquement très proches de chansons pour enfants,  susurrées par des semi-prostituées enrouées. Tout ceci est fort étonnant, tout comme cette mode récente qui fait chanter des enfants de 12 ans avec des voix de rogommes ou de soprano abouti, et de s’enthousiasmer sur ces miniatures fétichisées, engoncées dans des costumes cravates ou se déhanchant comme Mickael Jackson.


En fait pour bien comprendre le problème de la Musique à Naples aujourd’hui il faut se pencher sur le cas de son fleuron emblématique: le San Carlo.... (à suivre....)







Thalia de porcelaine





Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Publié dans : Naples
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recommander

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés