Dimanche 26 avril 2009

Par Philippe Olivier Parichot

      Exposition de peintures chinoises au Musee Cernuschi
(photo à la dérobée)



mes heures chinoises 1


Dimanche, Paris, il pleut. J’ai laissé derrière moi L’italie, trois semaines de soleil, et en guise de souvenirs la figure d’un petit dossier bleu clair, intitulé "photos pâques 2009" sur le bureau de mon ordinateur. J’ai retrouvé la Lutece de Julien l’Apostat, une incontestable élégance, une sensation de grand raffinement dans l’air gris - pas mal d’ennui aussi.

J’habite non loin du parc Monceau, c’est à dire près du Musée Cernuschi, un vieux musée désuet que je pratiquai longtemps, aux années de mes études de chinois, aux langues O’. Alors  je m’essayais à déchiffrer les caractères de la Chine Ancienne, c'est une habitude que j'ai gardée, même si elle ne me même rarement plus loin que le bout d'une étymologie. C'était un temps béni d'immense solitude, de nuits entières dans Paris endormi,  à tracer mes premiers monosyllabes, sous l'ombre portée de la lampe. Déjà l'époque tournait court, l'argent obnubilait les âmes, le cinéma américain finissait de laver les cerveaux. Les années 70 s'éloignaient, et leurs librairies, remplacées aujourd'hui par les vendeurs d'habits, raides comme des cintres, à peu près aussi intelligents.  Les filles que je connaissais allaient s'aveugler dans les discothèques, pauvres papillons, danser sous les coups de boutoirs de la French House, faute de mieux. Je les entendais rentrer à l’aube,  leur pas las, je croisais dans l'ascenseur leur rimmel défraichi.  Elles rêvaient Mykonos ou Goa. Je souriais gentiment... mais je ne les intéressais pas beaucoup...  Avec mes livres je passais déjà pour un doux demeuré. 2001 se profilait à l'horizon de la mort en marche. Et je me disais qu’avec mes passions bizarres, j'étais arrivé trop tard, voilà tout (erreur énorme je sais aujourd'hui que je suis absolument dans le coup). 

Ah mes premiers «hanzi» copiés sur les modèles gravés au couteau il y a trois mille ans sur le dos écaillé des tortues. Je mangeais seul "au roi des singes" chez Hanouman, des plats dont j'écrivais le nom sur la nappe. Les serveurs me regardaient avec cette forme de tendresse que l'on réserve aux fous. (Pour un chinois un homme seul, non marié, sans enfants et qui semble heureux n'est jamais très loin d'être un fou). J'achetais dans l'arrière boutique des vendeurs de cartes postales des peintures à l'encre sur papier de riz. Je les ai encore.  De ces beaux moments me reste un dossier, physique celui ci, gros carton vert clair, archives entassées, fouillis de feuilles gribouillées dans tous les sens, et mon dictionnaire de chinois pratique.

  Je n’oublierai jamais le jour où je suis sorti de mon premier grand examen de chinois. Quatre heures dans un amphithéâtre à lire et écrire dans cette langue de l'autre côté du monde, où tout commence en haut à droite,  comme dans un rêve. J'étais sorti, en transe, riant à la manière d'une des trois étoiles, hilare comme un taoiste. En rentrant j'avais rencontré dans le métro au niveau de Barbes un jeune homme de Hong Kong et nous avions devisé un peu dans la langue de tchouang tseu. Un beau souvenir. "Ah que la vie est belle" me disais je alors, et je cherchais le Hasard dans les ruelles. Un de mes plus beaux souvenirs de langue avec cette conversation invraisemblable, rue du faubourg saint Denis, devant une bière, avec un érudit  bengali que je n'ai jamais revu et qui était peut être un dieu.


à suivre....



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