Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 17:39









“Néanmoins la lampe allumée
 sur l’interminable lecture”

Philippe Jaccottet



Epigones:


Un des problèmes de l’écrivain, le vrai (mais ce que j’annonce est vrai aussi de l’homme ou de la femme cultivée) est que ses qualités le rendent invisible. Il disparaît littéralement aux yeux du vulgaire (c’est à dire aujourd’hui aux yeux de presque tout le monde). Je dirai qu’il disparaît aussi sûrement que la Culture, l’Etude, la Lecture, la Méditation, toutes ces activités devenues presque interdites et qui tendent  à présenter le réel comme plus complexe que ne le présentent le spectacle et le bavardage contemporain.1 J’ajoute immédiatement que le fait que l’écrivain ou l’être cultivé soit peu visible n’empêche pas qu’il existe ! D’où sa  difficulté  quant il s’agit de se faire connaître. D’où la nécessité parfois de multiplier les simagrées, gestes ayant pour but d’attirer l’attention de lecteurs plus ou moins attentifs. Le seul avantage dans tout cela pour l’écrivain ou l’être cultivé est qu’il n’a pas besoin de se cacher  puisque de toutes manières il ne sera pas vu. Ce qui rend particulièrement ridicule l’affirmation proclamée régulièrement par différents imposteurs: «je suis un écrivain». C’est aussi stupide que dire «regardez moi je suis invisible».

Mais alors qu’est qu’un véritable écrivain ? Je propose la réponse suivante: «c’est toujours à l’autre de le dire».

A vivre rue Galande, dans le cinquième arrondissement de Paris, j’observe que le prestige de l’écrivain reste très fort. C’est bien sûr localisé à un quartier. Mais ce prestige est très amusant à observer. Ainsi les rues du quartier latin voient passer nombre d’épigones d’écrivains célèbres que l’on reconnaît à leur mine hautaine et à une revendication d’apparence aussi touchante que naïve. Aussi cheminent des Balzac en herbe, un Romain Gary apprenti, de petites Françoise Sagan menues, promenant à l’air libre un nez insolent, une George Sand cigare en bec ruminant quelque lettre salace, un jeune Proust à la moustache hautaine, et même un petit écrivain japonais dans le goût de Mishima cherchant âprement son Christ dans les allées du Musée de Cluny et  autre chose de plus consistant dans les bosquets du voisinage. On me signale même un jeune Philippe Sollers reconnaissable à sa coupe au bol et à ses sourires égrillards.
Tout ceci est très tendre sous ma plume et n’implique aucunement un sentiment de supériorité sachant que j’ai longtemps été un Paul Morand en culottes courtes et que le simple goût des lettres suffit à me rendre quelqu’un infiniment respectable.

Ecrivain:

Les mots fuient mes amis, les mots fuient, et le réel aussi. La dévalorisation du mot “écrivain”, sa banalisation,  ( tout le monde ou presque l’est devenu, avec cette variante quasi ornithologique “l’écrivain journaliste” qui m’a toujours fait penser à quelqu’un d’assis entre  deux chaises ) n’est bien sûr pas innocente. Puisque tout le monde est devenu écrivain, personne ne l’est plus, c’est un corollaire logique: il n’y a donc plus d’écrivain. Et chacun d’y ajouter de sa propre confusion. C’est ce que l’on voudrait bien faire croire. Or je voudrais écrire ici on ne peut plus clairement en particulier à destination des jeunes gens qui commencent à lire:

La multitude des pseudos-écrivains ne change rien. Il y a eu et il y a encore de vrais écrivains et c’est par le langage écrit que vous avez le plus de chance d’accéder à une compréhension du “réel”. L’immense effort de confusion de nos temps est inutile, Le “réel” est compréhensible, notre époque se laisse très bien comprendre, elle a sa logique, et quoi que l’on vous fasse croire, les Etudes de Lettres et de Philosophie possèdent les clés pour vous y faire accéder. Evidemment c’est un peu long, et ce ne sera pas immédiatement rentable mais un jour viendra où "le monde" vous sera très clair. Plusieurs livres importants, que je cite parfois,  mais aussi l'usage de la lecture vous ouvriront les portes du Théâtre de votre Vie. Il ne tient qu’à vous de tenir le cap des bons livres.

Le théâtre:

Parmi les mots qui ont changé de sens il y a le mot “théâtre”. En fait comme pour le mot “écrivain”, il a fallu pour le Parti des Obscurantistes prendre des dispositions. L’écrivain depuis 2 siècles avait fait trop de mal, il avait trop éclairci des choses qui n’auraient pas dû l’être. De même le Théâtre avait trop bien dénoncé les tartuffes et autres marioles de tous les temps. Le danger  devenait  réel. Le résultat de tout cela est l’invention au XIX ème siècle du “Show”, du Spectacle, mais aussi au XXème  l’hyper-diffusion du Cinéma (lequel aurait pu rester un phénomène secondaire) qui joint à la télévision comme instrument d’abrutissement des masses,  a marginalisé le théâtre au point qu’aujourd’hui on peut dire que le Théâtre est partout sauf au Théâtre ! Je choisis pour illustration de mes dires une pauvre dame qui s’est présentée à moi récemment comme comédienne (dans mon esprit borné toutes les femmes sauf Marguerite Duras sont, par bonheur, des comédiennes, et se présenter comme authentiquement comédienne a quelque chose d’obscène). J’ai encore sa carte de visite. Je la regarde: visage difficile, mauvais divorce, vie lourde; chacun de ses rôles ,qu’elle quémande comme une aumône, lui fait échapper à sa vie affreuse.

Ce que l’on appelle “Théâtre” aujourd’hui c’est souvent le refuge de ces pauvres êtres auxquels manque tout courage politique qui s’imaginent faire une Thérapie quand il s’agit seulement d’échapper à la tyrannie de leurs opinions démenties ou de leurs choix ratés. De l’autre côté de ce  phénomène à deux faces, il y a la profusion des Shows, appelés parfois “théâtre”, c’est à dire l’Industrie de l’Aveuglement. Qui se souvient qu’il y a à peine cent ans  «actrice» ou «comédienne» étaient des mots synonymes de «prostituées» ? Leurs protecteurs étaient de riches banquiers qui finançaient ainsi leurs divertissements d’après repas. C’était le bon vieux temps de l’Opéra de Paris.

 Isabelle Adjani, Charlotte Gainsbourg, Audrey Tautou, Carole Bouquet, des prostituées de luxe ? des pantins stupides et qui servent de façade à l'Infamie la plus dégueulasse, des bombonnes ignorantes comme le bois et qui s'imaginent du pouvoir, marionnettes archi-vendues à tous les Pouvoirs possibles et qui ne le savent même plus, sottes polichinelles de la Mascarade Politique toujours plus salement corrompue, liée-complice aux pires mafias ? Peut être oui... peut être non ! A quel prix buvons nous du café en Europe ! 2

Parichot:

Ah Philippe Parichot, Philippe Parichot tu recommences avec tes remarques désobligeantes... tu n’es donc pas mort ? On nous avait pourtant dit... un enfant, une femme... il est cuit !   Allons mes amis, avouons, pour Trois ou Quatre vrais comédiens qui sont de réels artistes, combien de ces demi-catins qui ne resteront dans l’Histoire que comme de répugnantes courtisanes sans esprit, sinistres greluches de la bonne conscience télévisée qui auront poussé la crétinerie jusqu’à ignorer l'appellation de leur vrai métier ? Gageons encore que la Mort, qui vieillit les visages et pourrit les corps, leur vieille amie, viendra leur dire la vérité.





1) C’est un pli de l’histoire, nous n’y changerons rien. Nous allons très tranquillement vers des temps obscurs qui n’auront rien à envier aux ténèbres cimmériennes.
2) Le temps, mais aussi le travail et le témoignage des gens cultivés se chargeront d’éclaircir tout cela et de démontrer le versant Horrible de nos Temps et de ce qui restera à tout jamais sous l'appellation “société du spectacle”, - CECI DIT SANS ILLUSIONS car il est vrai aussi que l'horreur est à la mode et qu'il y a de plus en plus d'amateurs pour jouir du spectacle de la misère et de la souffrance...




Par Philippe Olivier Parichot - Publié dans : le journal de la semaine
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  • : 13/03/2006
  • : Aisément je calcule de combien peu d’importance est mon impression personnelle pour la chose publique; mais j’écris pour écrire comme on parle pour parler: le langage délivre. Je réside à Paris.
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