Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 07:30

Par Philippe Olivier Parichot








        Il n’est rien de si doux pour moi que de faire revivre Stendhal, (ou pour être plus juste, l’idée que j’en ai) et à travers lui la longue file heureuse, cet embarquement pour Cythère, des voyageurs pour l’Italie. Un merveilleux élan nous lie, de Claude Gellée à J.H Fragonard, ( en passant par nombre d’âmes inconnues et oubliées, qu’aucune assomption spectaculaire ne viendra jamais élever - et tant mieux pour elles), nous emporte dans ce voyage vers le Soleil.

Et faire revivre Stendhal c’est ce que j’ai voulu faire le mois dernier grâce à un court et excellent périple en Italie du Nord ( Stresa, Bologne, Ancône, Urbino, Mantoue, Novarra, Salo’ ). Au diable la famille et ses soucis d’argent, ses petits calculs moribonds, et ses velléités d’engendrements.


J’ai retrouvé l’Italie que j’aime, celle qui rit, qui sourit et dit «ciao» aux petits enfants, l’Italie qui vibre, élégante et sensible, l’Italie des jeunes gens qui se rassemblent sur les places pour bavarder à la nuit tombante. Naples m’avait rembruni l’esprit, à tort, c’était de la mauvaise humeur. J’ai retrouvé l’Italie puissante et silencieuse, d’une Beauté hallucinante qui touche la moindre petite ville, l’Italie heureuse car la bonheur, un bonheur viril, énergique, est toujours ce qui reste même aux villes les moins jolies (ce qui est rare).





On oublie trop, ou plus généralement on ne sait pas, que Stendhal, avant même la Peinture, a célébré en Italie les femmes à caractères, les femmes capables d’amour; il s’agissait alors de prendre le contre-pied d’une galanterie à la française qui s’était déjà corrompue à l’air délétère du XIXème siècle et commençait à s’enfoncer avec l'humanité toute entière dans le stupre et une lourde pornographie d’où, si j’ai bien compris, elle n’est pas encore ressortie.


L’Italie pour le grenoblois Stendhal, qui exécrait Grenoble, et qui serait bien gêné de s’y voir glorifié par une Université, ( tout comme ces lignes l’auraient sans doute mis mal à l’aise), c’était être à la fois loin et à côté. Loin de la province française abominée, qu’Henri Beyle fuyait. Mais surtout à côté du Siècle industriel et de la mise en bibelot du réel dont la perspective répugnante se profilait à l'horizon du temps qui passe. A côté du mouvement de l’Histoire puisque l’Italie était devenue au début du XIXème siècle, un vaste champ de jeu an-historique, et il faudra attendre la fin du XXème siècle pour voir ressurgir la péninsule, si je puis dire, comme poste avancé de l'infamie mafioso-spectaculaire (ce que Guy Debord a nommé «spectaculaire intégré»).



 
Je comprends bien Stendhal sur ces deux points décisifs pour une âme française. J’ai connu l’immonde Province de l’Est français, griffée de pluie. Quant à être à côté, je n’ai jamais rien fait d’autre de ma vie, être à côté de mon siècle, toujours trop près des vendeurs de choses, et autres pignoufs répugnants et quelconques pour qui «l’existence est comme un match de foot, on ne retient jamais que le résultat» ( si j’ai bien compris, dans mon cas mon équipe n'a marqué qu’un but ).

 Moi aussi, Monsieur Stendhal, j’ai fui cette ambiance de prison humide où les gens se lient pour vingt ans à des activités de souqueurs punis pour s’acheter je ne sais quelle maison ou appartement, et le revendre, avec pour tout plaisir, une nostalgie d’amour, des enfants qui grandissent et nos corps qui s’en vont. Pauvres forçats, galériens du réel, douaniers d’un enfer sous la surveillance des caméras d’Hortefeux, à lécher les pieds du couple présidentiel, quelle pauvre vie vous menez, comme je vous plains, comme je nous plains.


Bref. Chacun ses goûts, le mien c’est l’Italie. Aujourd'hui que je reviens vainqueur de cette longue campagne (cinq ans), nanti de mon butin d'amour (une femme et une nourissonne polissonne) j'ai des sourires masqués de vieux soldat matois, de grognard grigou étendant devant la cheminée ses bottes fûmantes. Et quels que soient les petits problèmes que j’ai pu avoir en iIalie, je garde dans  mon âme parisienne le souvenir de ce Soleil du Sud pour qui mieux vaut un bon meurtre que trente ans de mauvaise humeur.


Ah voyager en Italie, s'arrêter dans un petit hotel, écouter un peu de musique ancienne, regarder un vieux bâtiment, boire un expresso sur la terrasse...Tendre Italie, si charmante dés lors que l’on regarde les gens et que l’on oublie les rodomontades du Cavaliere Pantalon, je te raconterai un jour, toi et tes filles aux jambes longues sur les places rouges de Bologne, sous les feux finissants d’un Poséidon de marbre.









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Commentaires

Ciao Ghislaine, heureux de te lire moi aussi à nouveau. Il est tard, minuit 31, je finis une belle journée dense et calme; mon bijou dort dans son petit lit, les bras largement écartés. Je gôute le silence du soir, la nuit sur Paris, une nuit malheureusement sans étoiles; battements du coeur pourtant, pulsation, possibilité du rythme et de la musique sur mon grand clavecin allemand. Tout bonheur est bon à prendre; il est la bonne éponse à l'infamie ambiante et autres dérélictions.
J'ai retrouvé le gôut d'écrire ces derniers jours, je pense publier à nouveau quelque chose bientôt.

Commentaire n°1 posté par Philippe Olivier Parichot le 17/10/2009 à 00h38
J'arrive bien tard, cher Philippe, pour te dire qu'elle continue de m'émerveiller, cette aisance avec laquelle tu nous transportes dans cette Italie que tu aimes, que nous aimons comme elle se doit d'être aimée.
C'est une vraie joie de pouvoir relire, enfin, tes mots, et de te retrouver à travers eux. Avec une pointe de musique judicieusement choisie, que demander de plus ?  Ceci participe des petits (et grands) bonheurs dont nous avons tant besoin et qui font que la vie est, simplement, la vie.
Je t'embrasse.
Avec ma sincère affection et mille et une tendresses à Thalia ton trésor.
Commentaire n°2 posté par Ghislaine le 15/10/2009 à 19h24
Bonsoir Jean-Christophe
d'abord bien sûr merci pour tes lignes, nous n'allons pas passer notre vie à nous remercier mais le fait est bien là d'une gentillesse et d'une générosité. Tu sais mieux que personne le courage particulier et l'énergie incroyable qu'il faut pour écrire trois lignes dans un blog un peu soutenu, et la force pour écrire d'une manière générale, dés lors que l'on respecte ses lecteurs et qu'on ne les inonde pas. Tu sais aussi que les soutiens font plaisir et sont nécessaires.
Je n'ai jamais douté de ton goût pour l'Italie des Arts, tout comme je sais bien que tu as raison en soulignant l'idéologie qui ne fait voir que l'italie dans l'histoire de l'art. C'est un débat passionnant qui ouvre sur l'Europe de l'Est et du Nord, négligés à tort et n'empêche pas goûter le génie italien. Et je suis certain que Stendhal avec son goût pour les contre pieds au snobisme ambiant aurait été d'accord.
J'embrasse ma Thaliuccia pour toi
Philippe
Commentaire n°3 posté par philippe le 10/10/2009 à 21h29
Cher Philippe,
C'est avec une vraie joie que je te retrouve, même si les gens qui nous sont réellement chers ne nous quittent jamais vraiment.
Je n'ai jamais fait mystère de la joie sincère que m'apportent les reflets italiens que tes mots apportent jusqu'ici, et c'est peu de dire que je suis sous le charme de ce nouveau billet. Je ne sais pas si Stendhal, en homme de son temps, l'aurait entièrement goûté, mais je suis, en revanche, certain qu'il aurait été profondément ému par l'amour que tu portes à l'Italie, pas celle des touristes et de Berlusconi, mais celle, éternelle, qui compta tant dans le domaine des arts et de la pensée, celle pour laquelle, comme tu le sais, en dehors de tout esprit de chapelle, je nourris moi aussi une profonde affection.
A très vite, sous ces soleils que tu sais si bien susciter.
Sois assuré de mon amitié.
Commentaire n°4 posté par Jean-Christophe le 10/10/2009 à 16h59

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