Florence

Dimanche 7 décembre 2008

Par Philippe Olivier Parichot





   Florence n’est pas une ruine, au contraire de Rome, la détronée, poussière de grosses pierres, joyeux bordel, bien plus délabrée. Si proche dans l’espace et si différente dans l’esprit, Rome, la grande prostituée, alterne le splendide et le sordide avec une parfaite désinvolture (ce qui d’ailleurs est sans importance et fait partie du charme de la ville).

La partie centrale de Florence est même incroyablement bien tenue et donne une sensation de Renaissance parfaite, ou de moyen-âgeux typique si impeccable qu’il en est… douteux. C’est bien sûr l'idéologie hygiéniste du dix neuvième siècle qui est passée par là, entraînant dans le sillage du bulldozer de sa bonne conscience la mise en scène culturelle et surtout commerciale dont j’ai assez parlé. Ce n’est certes pas anecdotique si sur le fronton d’une des grandes places « modernes »de Florence la municipalité a jugé bon de graver une sentence où elle se vante d’avoir assaini le quartier… Exactement sur le modèle de Paris se targuant d’avoir assaini le Cimetière des Innocents… La propreté, qui d’ailleurs est un bien - il est bon d’être propre - a des vertus proclamées que le vice n’ignore pas... ( pour mieux me comprendre, j’ai conscience d’écrire quelque chose de difficile, lire sur ce sujet l’excellent livre de Philippe Muray « le dix neuvième siècle à travers les âges »)

Cette formidable érection de pierre, émotion de pierre, qu’est Florence, massive, puissante, et ses vieux palais en rondes bosses comme de courts châteaux trapus ne sont pas sans évoquer pour moi la musique de Monteverdi le vénitien, (dont on sait tout ce qu’il doit à l’inventivité florentine via le « recitar cantando » et la révolution de la musique à l’aube de la Renaissance) ni la révélation de ces premiers grands Opéras, qui dans mon esprit évoquent toujours des sortes de monuments sonores s’élevant avec une majesté splendide et circonstanciée. Et de retrouver le mythe d’Orphée dont la lyre, sans surprendre davantage, bâtit les murs de Thèbes.

  Non Florence n’est certes pas détruite et ne le doit pas être « Firenzia non delenda  est », ni ne donne cette impression d’émiettement pierreux, ou de cimetière de ruines, semis de vieilles dents cariées (l’image est d’Antonin Artaud) comme dans l’espoir d’en voir naître les dragons du souvenir, que sont souvent les villes anciennes. Ah les bâtiments anciens, ces vénérables vieux trucs… Reconnaissons d’abord qu’il faut tout notre érotisme un peu pervers pour en extirper quelque émotion, et qu’il y a là rien de moins naturel… Quoiqu’en dise l’industrie du tourisme le véritable amateur d’art se sent toujours un peu déplacé dans l’existence moderne, et sa passion, si peu productrice, doit se frayer un chemin, non seulement entre la multitude des badaux, mais surtout entre les divers mépris de toutes les variantes de brutes qui voudraient bien nous faire passer pour ahuris.

Pourtant à l’heure d’évoquer (rapidement, un blog n’est pas un livre, je ne m’y livre pas sur le même mode) la beauté architecturale de la ville, si je dois être honnête et ne pas me substituer à ma sensation, ce ne sont pas des phrases qui me viennent. Ni la période cicéronienne, ni même l’élégante prose de Machiavel, trempée de latin, ni plus humblement un épitomé du Bon Usage de Grévisse. Non ce sont des fragments, des bouts de phrases, des ruines de sensations. C’est que bien sûr je cherche ce que je sens, que tout cela est fort disparu, et que c’est au prix d’un effort qui est une guerre que parfois quelque chose m’arrive qui est peut-être la sensation juste. Les lignes qui suivront auront donc quelque chose d’un lendemain de grande bataille.



à suivre....
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