Lundi 28 décembre 2009
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Par Philippe Olivier Parichot
Il n'y a que le langage de tangible
En puissance.
Je suis dans un Bar à Paddington, Sydney, Australia, nous sommes le 26 décembre 2009, il est presque Midi. C’est l’heure du démon. Nul bilan mais un constat. Je
suis là, vivant, vif, en mesure de lire et d’écrire (les deux activités sont très proches). C’est un très vieux choix pour moi, celui des lettres et des livres, de la Littérature. Tout a voulu
en permanence me donner tort, et continuera. La débilité affligeante de la so-disant Littérature de mon Temps, son passage à l’Entertaiment, au divertissement des employés. “Tu n’as rien à y
gagner” me fait-on gentiment comprendre..., “tu n’as que du temps à perdre, le Monde va un chemin d’images, il veut son film.” Soit. Mais moi je maintiens que l’important c’est le scénario.
Mieux: le commentaire des images. Qui débouche invariablement sur d’autres phrases c’est à dire un autre corps, une autre vie. Invisible. Mais tangible. Je me souviens de cette phrase de
l’écrivain vivant Patrick Modiano qu’un magazine avait opportunément placardé en grandes lettres, immenses, sur les murs de Paris. “IL N’Y A QUE LE LANGAGE DE TANGIBLE”. Comprenne qui pourra.
Alors je rejoins la table de mon Bar, la bière à droite, pour donner une contenance acceptable, à ma position, légèrement penchée, sur le Macbook Air, de type quelconque. La meilleure, la plus
discrète. ( il ne faut pas hésiter à passer pour un imbécile, en bon taoïste, je soigne pour ma part mon image de semi-crétin, je fais des photos sans arrêt, des vidéos débiles, je dis que
j’aime les voitures, le football, j’affecte des opinions quelconques - n’ importe lesquelles d’ailleurs, qu’ils se débrouillent, c’est comme de donner à manger aux chiens...) . L’important est
que les pestes me laissent tranquilles, et la très longue cohorte des abrutis. Si les images ne sont que des appels désespérés à la parole, l’écriture, elle, sort de l’invisible.
Je sais lire, je sais écrire. je suis presque seul à le dire: çà vaut de l’or. C’est l’Or.
J’ai bien vu ces dernières années, avec la naissance de Thalia, s'amasser contre moi des violences considérables dont le but caché est toujours le même:
m’empêcher d’écrire. Me convaincre de l’inutilité de cette satanée culture (oui, oui, la culture est devenue le Satan de nos sociétés aveugles et sourdes), ces saloperies de bouquin (comment ne
pas noter le mélange de Fascination et d’antipathie des gens pour ma bibliothèque parisienne, physique, massive, virile, nerveuse, arc boutée de puissance, et dont on ne manque jamais de dire
qu’elle va brûler un jour) qui font toute ma Passion, qui me rendent soudain terriblement grave et sérieux (ce qui ne va pas sans rire). La Nature, la Reproduction, la Famille, l’Argent,
la Mort, le Mépris, l’Alcool, la Nourriture (le Ventre) la Haine, le Sexe stupide, le Talent des autres: on aura tout opposé à cette petite musique, ma petite musique, qui continue son chemin
sous mes doigts glissant sur le clavier. (j’écris presque sans ratures). Mes ennemis sont toujours les mêmes: les biologistes, les pseudos écrivains, les journalistes, les puits de morale, les
mères de famille, les politiques etc... Oh que j’aurai rencontré peu de bienveillance dans ma courte vie. Et derrière tout çà un seul motif véritable: ils sentent. ils sentent nerveusement que
ce type (moi) en sait un bout sur ce qui leur échappe, en a un Bout qu’elles ne contrôlent pas tout à fait.
En fait la grande question est de savoir comment tenir dans cet Univers de brouillage permanent, de haine des Lettres, qui caractérise notre Epoque. Comment
garder le Nord, la boussole bien orientée, quand presque tout (films, télés, les pseudos-écrivains mais aussi le soit disant “réel” lui même, vos proches...) n’a de cesse de tout rendre confus,
incompréhensible, falsifié.
Il y a des clés. je veux dire que notre quotidien est compréhensible, pensable, et peut être pas si compliqué, et que le Mensonge Général, hyper-masqué sous
la forme de la Haute Définition du rendu visuel, se laisse sans problèmes dissoudre par une pensée soutenue, informée.
je me pose la question, là en Australie de l’autre côté de mes propres pieds, à l’envers de mon propre sommeil.
A titre personnel j’ai mes techniques. Chacun peut avoir la sienne.
Pour ma part je ne me déplace jamais de l’autre côté du Monde sans un exemplaire électronique de la Recherche du Temps Perdu. Marcel Proust, immédiatement, me
replace su le bon chemin de la perception du quotidien: Bon gôut, intelligence précise sensible, sans arrogance. J’ai également une édition des Poésies de Lautréamont, HAUTE MORALE qui donne le
ton à mes journées et me guérissent avec l’efficacité d’un vaccin des langueurs du XIXème siècle et des tentations vulgaires de la Dépression.
Enfin, c’est plus lourd, mon exemplaire physique de la Biographie de Baudelaire par Pichon et Ziegler. Je l’ai lue plusieurs fois, c’est un très gros livre,
excellemment informé, à chaque fois que je le vois je me concentre et je me remémore la vie de ce Saint de la Modernité que fut Charles Baudelaire, une de ces vies qui donnent le LA pour
entendre et comprendre ce que nous vivons.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, le temps d’écrire cette page, une heure, le bar s’est rempli, les australiens sont arrivés, trois filles et un garçon,
manifestement sans intérêt (banalité, ennuis, lieux communs “o really” etc... ) viennent de s’installer sur les banquettes en face de moi. Une des filles rit (pour attirer l’attention des mâles
environnants, dirait Georges Bataille.) Je laisse un pourboire à la serveuse (pure blonde): Tips makes you sexy. Un des mâles s’éclipse discrètement. Je tire le rideau sur cette courte scène de
mon théâtre personnel.
A bientôt... peut-être...
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